Bouses, fesses et vodka

Il est 7h du matin, le soleil n’a toujours pas passé les cimes des sommets enneigés dominant la ville de Karakol. Pourtant, on se presse dans les allées, on crie, on s’invective. L’air embaume le suif et empeste les gaz d’échappement. La poussière omniprésente commence déjà à nous coller à la peau. Nous sommes arrivés au marché de bétail de Karakol !

Ce marché (ou « mal bazar » en kirghiz) est sans doute le plus grand de la région d’Issyk-Koul et le plus fréquenté du Kirghizstan, avec celui de Tokmok près de la capitale. Le dimanche, de nombreux éleveurs font le voyage de toute la région du lac d’Yssyk-Koul pour y vendre ou acheter des animaux. On y retrouve minorités locales et visiteurs venus des pays voisins : Kirghizes, Russes, Kazakhs, Ouigours… Les éleveurs disent : « le marché de bétail de Karakol est connu pour être le moins cher du Kirghizistan ». C’est pourquoi on s’y presse à chaque dimanche !

Si vous décidez d’y faire un tour, n’oubliez pas de chausser vos bottes ! Le « mal bazar » est un grand terrain vague, au nord de la ville de Karakol, au pied des montagnes. Avec toute cette horde d’animaux, le terrain peut vite devenir très collant et glissant ! Trois sections vous attendent. A l’entrée, vous pourrez admirer les belles fesses grasses des moutons dits « callipyges ». A chaque pas, ca balance et ca danse le swing ! En passant l’allée centrale, gare a vos pieds, les jeunes et puissants taureaux ont déjà commencé à chahuter ! Enfin, au fond du marché, vous attendent les chevaux qui font la fierté de la société Kirghiz.

Au Kirghizstan, la vente de bétail est la source principale de revenu pour de nombreux éleveurs, et parfois même la seule. Ainsi, Tourat, originaire du village d’Aral, est arrivé à Karakol avec son fils pour vendre 6 moutons. L’argent de la vente lui permettra « de subvenir aux besoins de base de sa famille pendant les prochaines semaines ». Au village, il possède un élevage familial classique nous explique notre traducteur Erjan, soit « une cinquantaine de moutons, 2 chevaux, 4 vaches et quelques poulets ».

Peut-être parce que le marché ne fonctionne que le dimanche, la plupart des éleveurs commencent à arriver la veille. Aux 12 coups de minuit, tout le monde se presse. Vite à vos stands, les enchères vont commencer ! C’est la fièvre du marché : on discute les prix  et on teste même la marchandise avant de dépenser ses soms ! Dans les allées, on se bouscule pour tâter les fesses généreuses des moutons, vérifier la dentition des taureaux et tester les chevaux au gallot. A savoir, un mouton vous coutera dans les 3,500 soms (~50€) et un taureau dans les 50,000 soms (~750€). Si les affaires sont bonnes et que le soleil et toute cette  poussière vous ont donné une petite soif, allez faire un tour aux stands de thés et de beignets. Certains vont même jusqu’à ne pas se refuser quelques petits shots de vodka des 8 heures du matin !

Vers les 10h, les éleveurs commencent à se disperser et l’effervescence du « mal bazar » se calme. Certains  en rentreront satisfaits. Pour d’autres, comme Toktoyan qui ramène chez lui son cheval invendu, le « mal bazar » de Karakol, qui ouvrira ses portes à nouveau dimanche prochain, sera une nouvelle occasion de gagner quelques soms!

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Le dimanche, c’est foire aux bestiaux !

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Claire et Timothée avec un éleveur kirghize.

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Les moutons callipyges, les stars du marché.

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Avant d’acheter un cheval, il faut s’assurer de sa réactivité !

 

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7 thoughts on “Bouses, fesses et vodka

  1. Alors là, je n’avais encore jamais vu de croupe aussi “fessue”, c’est incroyable! Hum, le gigot!!!
    Belles photos, et quand on lit le texte, on y est vraiment, les odeurs, la chaleur, le bruit, tout y est, ça change de l’ambiance “Requiem” à Sylvanès!
    Ici, la chaleur est enfin arrivée, mais c’est très supportable, on arrose, on s’arrose, et on boit un p’tit rosé bien frais! ça, c’est un peu méchant, hein?
    Je pense bien à vous, le décor est très beau , ces montagnes à l’horizon, vous allez les voir de plus près?
    Je vous embrasse, bonne suite…on attend avec impatience les nouvelles news!
    maman

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  2. bonjour chers con-frère/soeur,
    je connais le marchè de Karakul et c’est vrai qu’il est impressionnant.
    je vous conseille aussi le passage chez les semi nomades dans les montagnes du centre comme autour du Song Kul où il y a chaque année en été un festival de nomades avec, entre autres ,le bozkashi ou son équivalent kirghize, la lutte à cheval, les courses de chevaux à cru et j’en oublie.
    N’oubliez pas de vous faire offrir du kimiz, boisson forte à base de lait de jument, votre estomac en gardera un souvenir impérissable.
    bon courage pour le Tadjikistan c’est le Pamir, le toit du monde, il faut de bon mollets, déjà le SongKul avec ses 3000 m c’est pas mal…
    A bientôt à vous lire.
    Frédéric

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    • Salut Frédéric,
      T’as l’air de bien connaitre le coin !!! Tu y étais a quel moment ?
      Apres Karakol, on est passé au lac de Song Kol (article en court) et les cols a passer pour y arriver nous en ont fait vraiment baver !!!
      Meme sans koumis, nos estomacs ont eu beaucoup de mal a s’acclimater. Pas facile sur le vélo ! Hahahaha !
      On vient d’arriver a Jalal Abad avant de nous diriger vers Sary Mogol ou on se ressourcera quelques jours avant d’affronter la Pamir Highway qui nous impressionne beaucoup ! Mais il parait que la section Song Kol – Jalal Abad en passant par Kazarman (ce qu’on vient de finir) rivalise en difficulté avec la Pamir, bien que différente car moins haut en altitude mais terrain bien moins bon !
      A bientot
      Timothée

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  3. (Avec un long temps de réaction, retour de vacances italiennes…)
    Karakul.
    Pour moi, dont le métier tourne autour de l’élevage du mouton, Karakul c’est le nom mythique de la race du même métal avec lequel on fait les manteaux d’astrahan (des riches élégantes) et autres toques de nos amis russes et d’Asie centrale.
    Les agneaux naissent avec une laine bouclée très noire qui va ensuite virer au brun avec l’âge. Aussi sont-ils abattus quelques jours après leur naissance (le top est même l’avorton) pour conserver cette couleur noire qui est la caractéristique de l’astrakan. D’où le prix de cette fourrure recherchée…
    Au plaisir de continuer à te lire.
    Jacques

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