Le Vélo de la Soie au Turkménistan

En 2006, le Turkménistan a été classé par Reporters Sans Frontières avant-avant dernier pays au classement mondial de la liberté d’expression, derrière la Corée du Nord et le Myanmar. De plus, presque les trois-quarts des cyclos que nous avons croisés au Kirghizstan, au Tadjikistan ou en Ouzbékistan nous ont avoués avoir vu leur demande de visa d’entrée au Turkménistan refusée. Pour ceux qui, comme nous, ont la chance d’avoir eu leur demande acceptée, ce n’est qu’un permis de cinq jours (ou moins) qui leur est délivré, le fameux “visa de transit”. Nous étions donc un peu angoissés à l’idée de traverser ce pays.

Dès notre entrée dans le pays, notre angoisse est dissipée. A peine posons-nous le pied à Turkmenabad pour consulter la carte, qu’une nuée d’écoliers, les filles en tunique verte et les garçons en uniforme, se jettent sur nous pour prendre des selfies et nous assaillir de questions en anglais. Toutes les rencontres que nous avons faites par la suite dans ce pays ont été à l’image de ces écoliers : pleines de dynamisme et de curiosité.

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Bain de foule étudiante a Turkmenabad

Parce qu’Achgabat, la capitale du pays, est décrite par le Lonely-Planet comme une ville à mi-chemin entre Las Vegas et Pyongyang, nous décidons de prendre un train pour nous y rendre, puis de reprendre les vélos pour pédaler en trois jours les 370 km de la capitale au poste de frontière. Ça ne nous laisse pas trop la place à l’erreur, mais le détour semble en valoir la peine.

Achgabat est une ville neuve, sortie des ruines fumantes de la précédente Achgabat qui fut littéralement rayée de la carte en 1948 par un gigantesque tremblement de terre qui aurait tué 176000 personnes le plaçant en neuvième position des tremblements de terre les plus meurtriers de l’histoire. Sous l’influence mégalomaniaque de son précèdent président, Achgabat est une ville supra moderne à l’architecture délirante. Elle est citée dans le Guinness book des records pour être la plus grande concentration de bâtiments construits en marbre blanc ! Cela dit, on n’a pas pu en profiter pleinement car beaucoup d’avenues étaient fermées à la circulation, mais ce qu’on en a vu valait le détour ! Peu de photos peuvent en témoigner car il est malvenu de photographier les bâtiments publics, sous peine d’amende ou d’emprisonnement…

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Achgabat est une oasis de marbre, d’or et électricité perdue en plein milieu du désert

Notre venue à la capitale était aussi motivée par la visite d’un haras d’Akhal-Teke, sans doute la plus ancienne race de cheval au monde (titre contesté par les pur-sang arabes). Réputée pour sa rapidité, sa beauté et son caractère difficile, cette race fait la fierté du Turkménistan. Certains se souviendront du scandale médiatique soulevé par l’Akhal-Teke offert par le président Turkmène de l’époque à Mitterrand, que ce dernier aurait gardé caché dans une de ses résidences à des fins personnelles. Tout excités à l’idée d’admirer enfin ces chevaux légendaires, nous nous rendons à 40 km au nord de la capitale aux portes du haras censé abriter les plus beaux spécimens. Malheureusement, il semble que nous ayons visé un peu trop haut. Malgré un sitting de trois heures, on refuse de nous laisser passer. Le site est bien gardé. On nous fait comprendre que pour rentrer, il faut une invitation spéciale délivrée par le gouvernement. Il s’agit en fait du plus gros complexe du pays dédié à l’Akhal-Teke et financé par le président à hauteur de 100 millions de dollars. N’ayant bien évidemment pas de laissez-passer, nous nous avouons finalement vaincus et nous résignons à reprendre nos vélos, extrêmement déçus.

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Trois heure d’attente… pour rien !

Nos 370 km à vélo d’Achgabat à la frontière iranienne ont été un calvaire. Pédaler dans la montagne, passer des cols, suer dans les montées, hurler dans les descentes, c’est rigolo ! Mais pédaler sur des routes goudronnées plates et droites quand l’horizon est vide et que seules des étendues de désert ou de champs de coton nous entourent, c’est mortellement ennuyant ! Bref, notre moral en a pris un coup, mais on a serré les dents, chanté des chansons et fini par atteindre Saraghs et entrer en Iran. Ouf !

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Vivement l’Iran !

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