Le Vélo de la Soie en Iran

Entrer en Iran a été pour nous comme repartir de zéro. Du moment où notre visa a été tamponné, il nous est devenu impossible de déchiffrer la moindre inscription. L’alphabet farsi étant le même que l’alphabet arabe, la moindre mission (trouver un café ou s’assurer d’une direction) est devenue bien plus difficile que dans les pays précédents où trois mois de pratique de l’alphabet cyrillique nous avaient largement rendus autonomes. Comme la langue russe était comprise dans tous les –stans que nous avions traversés, changer de pays à la vitesse du vélo ne nous avait jamais paru être trop dépaysant. Nos « kakvaszavout », « yaniépanimayou » et « skolka » faisaient sourire le Tadjike du Pamir tout comme le Turkmène du désert. Mais en Iran, ils n’ont plus servis à rien. Il a fallu donc les oublier brutalement pour apprendre les « Ismetchomotchist », « Farsinemefahman », « tchande » et autres farsitudes, et ca n’a pas été une mince affaire !

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Grosses frayeurs sur la rocade de Mashhad…

Qui a déjà pédalé sur les routes iraniennes garde sans aucun doute un souvenir ému de quelques brusques poussées d’adrénaline dues à la conduite « sportive » de la grande majorité des automobiliste doublant indistinctement par la droite ou par la gauche et tout aussi à l’aise dans le sens du trafic ou l’inverse. De plus, l’iranien étant très amical et généreux, il n’est pas rare d’être accompagné par un nuage sonore continu de klaxons qui se veulent encourageants, ou stoppé net dans son élan par quelque iranien adepte de la queue de poisson et voulant prendre des selfies avec les touristes fadas ou les inviter à passer la nuit chez eux. Faire du vélo en Iran est donc un danger de tous les instants, à tel point que nous pourrions le classer dans les trois plus grandes frayeurs du projet !

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Masoud, notre hote a Gombad, veut a tout prix nous initier aux costumes traditionnels turkmenes.

Dans les précédents pays, nous étions habitués à camper la plupart du temps au milieu de nulle part. Ici, c’est différent. Pour éviter les centaines de kilomètres monotones de désert et ses baisses de moral inhérentes que nous avons déjà expérimentées en Ouzbékistan et au Turkménistan, nous avons décidé de rejoindre Téhéran par le nord via la route de la Caspienne. Mais cette route est très urbanisée. Passé le luxuriant parc du Golestan, les forêts disparaissent et seuls quelques champs de riz ou de tabac séparent la succession ininterrompue d’agglomérations. Ne souhaitant pas nous exposer inutilement à des désagréments nocturnes rendus plus probables par une densité humaine élevée, nous acceptons donc la plupart du temps les invitations. C’est ainsi que l’Iran est devenu pour nous (comme pour tous ceux qui le traversent) la capitale de l’hospitalité. Que ce soit Mo, Zeynab, Davood, Hosein ou Masoud, chaque rencontre a été riche en enseignements, anecdotes, litres de thé et parfois Arak Saghi (liqueur locale) ! Spéciale dédicace à Layan, le cousin d’Anahita avec qui Timothée a partagé ses bancs du lycée, qui nous a reçus à Amöl comme des princes.

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Il est 6h, on se leve !

Et puis un matin, on se réveille et c’est le dernier jour. Plus que 80 kilomètres à pédaler, soit 1.7% de ce qu’on a déjà fait. Après 18 mois de préparation et presque quatre mois sur la route, on va poser les vélos ce soir. Quel soulagement de ne plus devoir se lever à l’aube pour éviter les grosses chaleurs, faire des pauses tous les 20 kilomètres et monter et démonter la tente tous les jours ! On va enfin pouvoir arrêter d’avoir mal aux fesses et de sentir mauvais des pieds, se nourrir d’autre chose que de kiri et de pain sec et voir les copains et la famille quand on le souhaite. Cette euphorie passée, on ferme les yeux. Les images se bousculent, débordent et nous inondent le cœur. On ne peut s’empêcher de soupirer en sentant s’éloigner les nuits passées sous le ciel Kirghize constellé d’étoiles, le givre des haut-plateaux du Pamir qui crisse sous les roues au lever du soleil, les heures infinies passées sur les vélos à rêver et faire des projets, le soleil couchant sur les champs de coton, notre liberté sans limites, nos nouvelles amitiés créées en partageant quelques conseils de cyclos ou un millier de kilomètres (spéciale dédicace pour Andy et Clare) et les dizaines de personnes qui nous ont ouverts leur cœur ou leur maison et laissés partager une petite partie de leur routine si différente de celle qui nous attend. Notre mélange de sentiments est donc compliqué et il va sans doute falloir un peu de temps pour les démêler. Mais une chose est sure, c’est qu’il nous tarde de venir vous les raconter ! A très bientôt !

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Les derniers metres a Teheran apres pres de 5000 kilometres a velo a travers l’Asie centrale !

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