Homme et Animal : 5000 km à vélo sur la Route de la Soie

Prologue

Il est 14h. Nous nous installons à l’arrière de la vieille Lada cabossée d’Akjol, vétérinaire rural exerçant dans les contreforts du Pamir, au Kirghizstan. Depuis quatre semaines que nous pédalons dans le pays, c’est la première fois que nous avons la chance d’accompagner un confrère. Il fait froid et le radiateur dans la voiture ne marche pas. Akjol a été appelé car une des vaches de l’éleveur ne se lève plus depuis deux jours. Apres avoir traversé une rivière bouillonnante drainant les glaciers des sommets environnants culminant à plus de 7000 mètres d’altitude, nous arrivons dans un petit hameau composé de quelques constructions en torchis. A notre arrivée, nous sommes stupéfaits : le diagnostic doit se faire sans stéthoscope ni thermomètre. « Les moyens sont extrêmement limités dans le Pamir, nous explique Akjol, mais il faut faire avec ». En Asie centrale, même s’il est bien considéré, le métier de vétérinaire est très difficile. Les études sont courtes (deux ans) et les revenus maigres. Pour arrondir ses fins de mois et nourrir décemment sa famille, Akjol travaille aussi à la maison de santé du village deux jours par semaine.

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Campagne de vaccination contre la fièvre aphteuse a Sary-Mogol (Kirghizstan)

C’est pour recueillir et transmettre le témoignage de personnes comme Akjol que, le 11 juillet 2016, nous, Claire et Timothée, vétérinaires et citoyens du monde, sommes partis en Asie centrale à dos de vélo et caméra en main à la rencontre d’hommes et de femmes dont la vie gravite autour des animaux, qu’ils soient de rente, de loisir, de sport, de travail ou de compagnie.

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Sur les bords du lac Karakol, 3600m (Route du Pamir, Tadjikistan)

L’animal dans l’Histoire

L’histoire de l’Asie Centrale est intimement liée à celle de la Route de la Soie où se mélangeaient les cultures, les technologies et les religions. Cette route commerciale est née au IIIème siècle avant J.C. et a été activement empruntée jusqu’au XVIème siècle. Elle rassemblait un ensemble d’axes caravaniers qui traversaient l’Europe et l’Asie, allant de la Méditerranée jusqu’à la Chine en traversant l’Asie Centrale.

L’histoire raconte que ce sont des animaux qui ont été la motivation première pour développer cette route devenue légendaire : la Chine des Han avait besoin de chevaux grands et forts pour repousser les tribus nomades venues du nord. « Ils avaient entendu parler de chevaux centrasiatiques qu’ils prenaient pour des cousins éloignés des dragons car ils étaient connus pour transpirer du sang » explique Saidjon, guide touristique en Ouzbékistan, centre névralgique de la Route de la Soie. Plus qu’une parenté à une espèce animale mythologique, cette sudation de couleur brun-rouge témoigne vraisemblablement d’une infestation parasitaire banale. « A l’époque, cette espèce véloce et rustique avait déjà la réputation de supporter les températures extrêmes de l’Asie Centrale. Ils ont alors commencé à les troquer contre de la soie et la route de la soie est née ! ». Il se dit que pour transporter toutes les soies, épices et pierres précieuses, les caravanes regroupaient parfois plus d’une centaine de chameaux. A ces bossus s’ajoutaient la plupart du temps d’autres poilus, tels que chevaux, moutons et chiens qui étaient échangés, vendus, achetés ou offerts tout au long du périple qui durait des mois.

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Au temps de la Route de la Soie, les chameaux étaient les stars des caravanes (mosaïque murale, Khiva, Ouzbékistan)

Tout comme les caravanes marchandes d’il y a 1000 ans, nous avons dû, pour réaliser notre projet, affronter les redoutables montagnes du Pamir et l’interminable désert du Karakoum, bivouaquer sous les étoiles turkmènes et nous ravitailler dans les bazars des cités mythiques de Boukhara et Samarkand. Les voyageurs du passé redoutaient certaines portions de la Route de la Soie sur lesquelles circulaient des histoires effrayantes de démons qui égaraient les voyageurs et de brigands armés qui les dépouillaient. Aujourd’hui, les pires dangers ont bien changé : gare aux crocs des chiens errants et aux pare-chocs des voitures ! Après 4 mois de suées, nous avons réussi à boucler notre parcours avec près de 5000 kilomètres au compteur et plus de 200 heures de vidéo.

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Bas-relief représentant des délégations étrangères venues saluer le roi Darius (Persépolis, Iran)

Les plus anciens témoignages significatifs de l’interaction entre l’homme et l’animal nous ont été dévoilés dans la ville mythique de Persépolis, lovée au sud de l’actuelle Iran. Bien que partiellement détruite par Alexandre le Grand au IIIème siècle avant J.C., Persépolis offre cependant quelques vestiges du passé. Sur les fabuleux bas-reliefs du palais Apadana construit au pied de la montagne Kuh-e Rahmat, nous y retrouvons de splendides chameaux, chevaux et moutons apportés par des délégations du monde entier venues saluer le roi Darius et contribuer à ses richesses. Pour l’anecdote, lorsqu’Alexandre le Grand met à sac la cité perse en 331 av. J.C., ce n’est pas moins de 300 chameaux qui lui sont nécessaires pour emporter tous ses trésors !

Animaux et traditions

Lors de nos recherches préliminaires, nous avons rapidement compris que l’Asie centrale conservait de nombreuses traditions dans lesquelles l’animal, le cheval en particulier, joue un rôle prépondérant. Bien que les nouvelles « générations smartphone » s’en détachent progressivement, les traditions équestres restent extrêmement populaires que ce soit au Kirghizstan, au Tadjikistan, en Ouzbékistan ou au Turkménistan.

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Festival At-Chabysh à Murghab en plein coeur du Pamir (Tadjikistan)

Pour s’en rendre compte, il suffit de se rendre à Murghab, un petit village de 4000 habitants perché à 3650 mètres d’altitude dans le Pamir oriental, et de s’imprégner de l’effervescence locale faisant du festival At-Chabysh un événement incontournable de l’automne, auquel nous avons eu la chance d’assister aux côtés d’une confrère Tadjike. Il nous est apparu très clairement que les chevaux ont une place à part dans la société centrasiatique : la très grande majorité de ceux que nous avons pu observer au cours de notre expédition sont choyés et en très bonne santé, à l’inverse de leurs cousins aux longues oreilles qui arborent souvent des cicatrices, portent des charges trop lourdes et ont le poil piqué. Les chevaux du festival At-Chabysh ne dérogent pas à la règle : incroyablement élancés et vigoureux, ils sont les héros de toutes les activités.

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Il est dopé, celui-là ? Contrôles vétérinaires au festival At-Chabysh (Murghab, Tadjikistan)

Après être passés entre les mains du vétérinaire qui s’assure que les chevaux sont en condition physique suffisamment bonne pour participer aux épreuves, qu’ils ne boitent pas et qu’il n’y a pas de fraude, les festivités peuvent commencer ! Alors, les ovations explosent dans la vallée que ce soit lors de l’Oodarysh (lutte à cheval) ou du Tiyin ainmey, une épreuve d’agilité où le cavalier, lancé au grand galop, doit ramasser des fanions disposés le long du parcours. Mais l’épreuve reine du festival est le Kyz-kuumai. Hilarant et assurément animé, ce jeu oppose une cavalière à un cavalier lancés au triple galop, l’homme ayant pour objectif d’embrasser la femme. Ils y vont de bon coeur mais les jeunes cavalières sont loin de se laisser faire ! A son tour, elle coursera le-dit prétendant à coup de cravache ! Au-delà du divertissement, le Kyz-kuumai est une occasion rare où les femmes se prouvent l’égale de l’homme en montrant qu’elles aussi peuvent maitriser des chevaux nerveux et puissants, activité habituellement exclusivement réservée aux hommes. Durant l’été, de tels festivals sont très répandus dans toute l’Asie centrale et contribuent au maintien des traditions culturelles ancestrales.

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Le Kyz-kumai est une des épreuves les plus populaires du festival de traditions équestres At-Chabysh (Murghab, Tadjikistan)

Qui s’est intéressé un tant soit peu à l’Asie centrale a sans doute entendu parler du Buzkachi, magnifiquement illustré dans l’épopée de Joseph Kessel « Les Cavaliers ». Il s’agit d’un sport assez violent mais très populaire où les hommes et leur monture ne font qu’un et se disputent dans une mêlée confuse un cadavre de mouton décapité. Nous avons longtemps espéré que nos pérégrinations nous conduiraient au bon endroit au bon moment. Malheureusement, nous n’avons jamais pu assister en personne à un tel événement, il faudra revenir !

Lire aussi : At-Chabysh, le festival du cheval Kirghize au Tadjikistan (Novastan)

Plus difficiles à maintenir sont des traditions autrefois nécessaires à la survie des populations et aujourd’hui le plus souvent pratiquées uniquement pour le loisir. La chasse à l’aigle en fait partie. Longtemps considérée comme le sport favori des dirigeants d’Asie centrale, elle n’est maintenant pratiquée que par quelques centaines de Kazakhes et de Kirghizes distribués au Kazakhstan, au Kirghizstan, en Chine et en Mongolie.

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En Asie centrale, la chasse à l’aigle royal ou au faucon est une activité traditionnelle encore pratiquée pour le loisir (Karakol, Kirghizstan)

Ruslan est l’un d’eux. Sur les bords du lac d’Issyk-Koul au Kirghizstan, il souhaite nous introduire auprès de ses deux aigles royaux aux yeux perçants et aux serres acérées, Karakus (Œil noir) et Karachin (Plume noir). Au milieu des glapissements ininterrompus de ses deux compagnons, il nous raconte : « La saison de chasse, c’est l’hiver. Monté sur mon cheval et armé de mon aigle, je pars des journées entières dans les montagnes et pour y chasser les biches et les lapins pour leur viande. Je chasse aussi les renards, les chacals et les loups pour leur fourrure, mais je donne leur viande à mes aigles. En été, je continue à les entrainer et essaie de faire vivre cette tradition en la promouvant auprès des touristes ». Les deux aigles sont perchés sur une branche dans deux volières aux barreaux en bois, relativement spacieuses. Ils sont magnifiques, c’est évident. Nous avons même l’honneur d’enfiler le gant pour porter Karakos que Ruslan a tranquillisé en lui enfilant sur la tête son chaperon, un cache en cuir destiné à lui bloquer la vue.

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Karakos est un aigle chasseur femelle de 8 ans qui a été capturée par Ruslan quand elle avait deux (Bokonbayevo, Kirghizstan)

Quand nous le félicitons pour la beauté de ses aigles, Ruslan rigole et nous avoue que c’est parce qu’ils sont uniquement nourris avec des « produits frais ». Il nous amène alors dans le fond du jardin et nous dévoile ainsi ses lapins élevés uniquement au profit de ses deux aigles. Etant au mois de juillet, nous n’aurons pas la chance de voir Karakos s’élancer du poing de Ruslan dans son élément. Mais approcher de si près ces oiseaux si majestueux est déjà une grande récompense, d’autant plus que ces pratiques commencent à se faire rares. En effet, même si son œil pétille en évoquant son art, Ruslan ne peut s’empêcher de se désoler que les jeunes s’en désintéressent de plus en plus au profit de loisirs modernes et moins exigeants.

Lire aussi : En Mongolie, chez les Kazakhs fils de l’aige (Le Monde)

L’élevage en Asie centrale

Tous les jours de l’expédition, que nous pédalions, marchions ou nous reposions, nous avons pu interagir avec des animaux de rente, c’est-à-dire des animaux élevés pour produire des denrées utiles à l’homme : les chevaux sont élevés pour leur lait et comme moyen de locomotion ; les vaches et les yaks pour leur lait, leur viande et leur cuir ; les moutons et les chèvres pour leur viande, leur gras (quelle odeur mais quelle saveur !) et leur laine. Au Kirghizstan, le lait de jument est utilisé pour produire la boisson nationale que peu de touristes peuvent se vanter d’apprécier : le koumis. Il s’agit de lait fermenté au goût fort et parfois fumé, que nous avons vu vendu sur les bords de toutes les routes, surtout en zone de montagne. Franchement, lorsque dévisser le bouchon de la bouteille en plastique qui le contient provoque un dégazage bruyant, il faut être bien intrépide pour oser en boire. Mais les kirghizes en raffolent ! Ils peuvent boire un litre entier en cinq minutes s’ils ont soif. Nous avons trouvé ça étonnant, nous chez qui une seule petite gorgée nous a provoqué des désagréments gastriques pendant 2 jours. Pas l’idéal sur un vélo !

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A Song-Kol, les juments sont traites pour fabriquer du koumis, une boisson très populaire faite de lait fermenté (lac de Song-Kol, Kirghizstan)

De tous les pays que nous avons traversés, le Kirghizstan est sans aucun doute celui au climat le plus favorable à l’agriculture. A l’inverse de chez nous, rares sont les éleveurs spécialisés dans l’élevage d’une seule espèce. Typiquement, ils possèdent à la fois des moutons, des chèvres, des vaches et des chevaux. Nous avons toujours été étonnés d’entendre que les éleveurs sont considérés comme une des classes les plus riches de la population. Akjol, le vétérinaire que nous avons déjà présenté, nous l’a expliqué : « Même si les familles vivent le plus souvent dans des conditions misérables, isolées dans la montagne, et n’ont à offrir au visiteur que du thé et des tartines de beurre, leur patrimoine sur pied s’élève souvent à des milliers d’euros, ce qui représente une somme colossale dans les pays d’Asie centrale ». En effet, si un berger a besoin d’argent pour une dot, un mariage ou un enterrement, il n’aura qu’à se rendre au marché aux bestiaux avec quelques animaux. Si ses moutons sont bien conformés, c’est-à-dire s’ils ont une croupe bien grasse et généreuse, il pourra espérer les vendre pour 3500 soms (soit environ 50 euros) par tête.

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Les familles nomades Kirghizes passent l’été sur les haut-plateaux, comme ici autour du lac de Song-Kol (Kirghizstan)

Le prix du foin étant trop élevé, beaucoup d’éleveurs quittent les plaines de mai à septembre et montent leurs campements de yourtes puis leurs troupeaux sur les immenses prairies d’altitudes, comme autour du lac de Song-Kol. Sur ces étendues infinies, les animaux se repaissent en semi-liberté d’herbe grasse, abondante et gratuite. Ils redescendront des alpages à l’automne, lorsque les températures commenceront à devenir négatives, bien plus gras que s’ils étaient restés dans la plaine. Pour arrondir leur fin de mois sur les plateaux d’alpage, de plus en plus de bergers louent une de leurs yourtes à des touristes venant en nombre croissant profiter du calme et de la sérénité de Song-Kol. Certains bergers ont même cessé leur activité pour se consacrer uniquement à l’accueil des touristes, activité bien plus lucrative !

Lire aussi : A Song-Kol, la transmission du métier de berger (Novastan)

Dans les hauts plateaux du Pamir perchés à plus de 4000 mètres d’altitude, les températures sont souvent négatives, même en plein été. Mais malgré l’hostilité du climat, l’élevage ne disparait pas. Bien que nous ayons pu observer quelques troupeaux de chèvres et de moutons, il s’agit le plus souvent de troupeaux d’une dizaine de yaks supportant plus facilement l’altitude et les températures extrêmes que les vaches ou les chevaux. Quel plaisir, au cours d’une longue journée de vélo sur les pistes cabossées du Pamir, de pouvoir savourer un thé chaud accompagné d’une tartine recouverte d’une épaisse couche de beurre, de crème ou de fromage de yak !

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Le yaourt et le beurre de yak, ça nourrit ! (Route du Pamir, Tadjikistan)

Cependant, ne pouvant se mettre sous la dent que les rares buissons ayant réussi à pousser, les yaks sont souvent dans un pauvre état de santé. En effet, le déficit alimentaire entraine une faiblesse du système immunitaire des animaux, surtout des jeunes, qui sont alors plus sensibles aux agressions bactériennes, virales ou parasitaires. Ainsi, nombreux sont les yaks que nous avons vus maigres, le poil piqué, la goutte au mufle ou souffrant de diarrhées chroniques profuses. Malheureusement, du fait de l’isolement de ces troupeaux de montagne parfois situés a plusieurs jours de voiture du vétérinaire le plus proche, les perspectives d’amélioration ne sont pas bien grandes.

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Si les yaks adultes se portent généralement bien, les plus jeunes souffrent souvent de graves infestations parasitaires (Route du Pamir, Tadjikistan)

Bien que la majorité des éleveurs centrasiatiques ne possèdent que des petits troupeaux qu’ils élèvent de manière extensive voire de manière nomadique, des élevages intensifs commencent à se développer autour des grandes agglomérations et permettent la commercialisation de produits laitiers transformés de haute qualité sanitaire, tels que le lait U.H.T. ou les yaourts au lait stérilisé, dont la demande ne cesse d’augmenter. Dans la banlieue de Douchanbé, au Tadjikistan, Nazarbek gère un élevage d’une centaine de vaches laitières. Pour développer son entreprise, Nazarbek n’a pas lésiné : « Mon troupeau est composé de races locales croisées avec les meilleures races européennes dont j’importe la semence de France. Ainsi, elles sont adaptées au climat local et produisent beaucoup plus que leur cousines pur-sang ! » Et en effet, ça paye ! Dans la salle de traite qui fonctionne à plein régime, deux techniciens s’activent. Les vaches y passent par douze et produisent jusqu’à 20 litres par jour, une performance qui n’a rien à envier aux élevages de chez nous. En déambulant dans les hangars, on peut ainsi admirer des Prim’Holstein, mais aussi des Brunes, des Simmental et des Tarentaises. Jamais on n’aurait imaginé réviser nos races bovines au Tadjikistan !

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Autour des grandes agglomérations centrasiatique, on peut parfois croiser des Prim’Holstein et des Simmental (Douchanbé, Tadjikistan)

Le chien, un animal à part

Bien que l’Asie centrale soit considérée comme le berceau de la domestication du chien, le plus grand ami de l’homme n’y endosse que très rarement le rôle d’animal de compagnie. Le chien joue cependant un rôle primordial dans la société rurale centrasiatique car il est un partenaire essentiel des bergers pour défendre les troupeaux, notamment de chèvres et de moutons.

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Les chiens de berger ont souvent les oreilles et la queue coupée pour ne laisser aucune prise au loup ! (Mazdavand, Iran)

Farrukh possède un troupeau de 1000 moutons et chèvres qu’il emmène pâturer tout l’été en altitude dans les Monts Fan, au nord-ouest du Tadjikistan. « Si je n’avais pas mes cinq chiens, les loups et les chacals décimeraient mon troupeau », nous raconte-t-il. Pour appuyer son propos, il nous désigne un de ses molosses qui, nous raconte-t-il, s’est battu contre un loup deux nuits auparavant. Armé d’un collier cerclé de clous, la queue et les oreilles coupées et une plaie encore non cicatrisée lui barrant la face, l’impression est vive ! Mais en présence du berger, les chiens sont d’une passivité exemplaire. Faisant souvent du zèle et cherchant sans doute le divertissement, les chiens de bergers ont été sans conteste notre frayeur de cycliste numéro un : combien de records de vitesse n’avons-nous pas réalisés en sentant l’haleine des molosses sur nos mollets… Il ne ferait clairement pas bon s’aventurer près d’un troupeau pendant la nuit ! Puisqu’ils sont les garants de la sécurité du troupeau et donc du patrimoine de son maitre, les chiens de berger ont un statut à part. Ils sont très bien nourris, dorment au chaud dans la tente avec le berger (et réchauffent le berger par la même occasion) et si leur état de santé se dégrade, l’éleveur est prêt à casser sa tirelire pour l’amener chez le vétérinaire.

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Farrukh possède un troupeau de 1000 moutons et 5 chiens pour les protéger contre les loups et les chacals (Monts Fan, Tadjikistan)

En Iran, le chien a mauvaise réputation car il est désapprouvé par le pouvoir religieux en place, l’Ayatollah Khamenei étant allergique aux poils de chien. Il est par exemple interdit de se promener dans un lieu public avec un chien en laisse. Quiconque est surpris par la police en compagnie d’un chien se le voit tout de suite confisqué et a peu de chance de le revoir. En conséquence, les quelques chiens de compagnie restent cloitrés dans les appartements des grandes villes iraniennes, les populations méprisent les chiens, les enfants en ont peur et les quelques chiens errants sont dans des états déplorables, rongés par les parasites.

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Les chiens n’ont pas bonne réputation en Iran, mais des associations comme le Mehr Animal Shelter tentent de les réhabiliter (Machhad, Iran)

Pour remédier à cette situation, de plus en plus de refuges pour chien voient le jour. Lors de nos visites aux refuges de Machhad et d’Amöl, nous avons compris que ces refuges n’existent que grâce à la passion, au courage et au dynamisme d’une poignée de volontaires parfois raillés voire marginalisés par la population, mais toujours ultra-motivés ! Des écoles de la nature commencent aussi à ouvrir leurs portes pour permettre aux enfants des villes d’interagir avec toute sorte d’animaux dont les chiens.

Epilogue

En tant que vétérinaires, la diversité des types d’interaction entre hommes et animaux nous captive. En tant que citoyens du monde, la diversité culturelle nous émerveille. En conséquence, ces quelques mois passés à pédaler en Asie centrale à la recherche de témoignages sur la relation entre l’homme et l’animal nous ont passionnés. Quatre mois de vie nomadique pour un sujet si complexe, c’est court ! Il faudra sans doute encore quelques mois, voire quelques années pour bien apprécier la portée de nos observations et des témoignages recueillis. Ce que nous souhaitons faire maintenant à travers ce court article et les futures actions que nous allons mener, c’est témoigner, avec notre œil de vétérinaire, de ce que nous avons pu entr’apercevoir de cette culture centrasiatique étonnante, en racontant le quotidien de tous ces hommes et ces femmes exceptionnels que nous avons eu la chance de rencontrer.

Akjol, Saidjon, Ruslan, Nazarbek, Farrukh, Laleh, Hossein et tous les autres, merci de nous avoir initiés à quelques mystères de vos pays respectifs. Continuez à faire vivre vos traditions, à pousser les filles à monter à cheval, à prévenir les épidémies de fièvre aphteuse, à réhabiliter les chiens dans la culture iranienne, à produire du beurre de yak et à en offrir aux cyclistes de passage. Par contre, n’hésitez pas à boire votre koumis !

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Après environ 5000km passés à pédaler en Asie centrale, nous arrivons enfin à Téhéran, étape finale du projet (Téhéran, Iran)

Si vous avez aimé notre aventure, faites-vous Marco Polo et partez, vous aussi, parcourir l’Asie centrale en voiture, à pied, à vélo ou à dos de chameau, et revenez témoigner de l’histoire du monde par votre expérience !

N’hésitez-pas à nous suivre sur Facebook pour vous tenir au courant de nos prochaines actions !

Pendant l’expédition, nous avons réalisé cinq court-métrages illustrant une journée de vélo dans chacun des pays traversés. Vous pouvez les retrouver ici.

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